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 Sincérité. Polie. Gysella.

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Gysella de Montchrestien
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MessageSujet: Sincérité. Polie. Gysella.   Jeu 24 Avr - 19:25

    Au départ, Gysella n'avait aucune envie de se rendre chez les Travis. On l'avait déjà suffisamment sollicitée pour obtenir sa présence à l'enterrement, où elle n'avait servie à rien puisque ses parents n'avait pas daigné utile de la mêler à leurs discussions autour des flûtes de champagne en cristal lors du cocktail qui avait succédé à la cérémonie. Elle était aussi aux toilettes au moment même où se faisaient les rituelles condoléances, si bien qu'elle n'avait pu serrer la main d'aucun membre de la famille Travis. De toutes façons, cette ambiance morbide et hypocrite lui avait donné la nausée, et c'était pour vomir qu'elle s'était éclipsée au moment du paroxysme de ces deux phénomènes qui se mariaient étonnamment bien. C'était terrible à dire, mais les enterrements étaient un événement mondain comme les autres, où il fallait voir et être vu, et même en situation de chaos politique – situation que la famille de Montchrestien ressentait cependant très peu puisqu'ils étaient alliés des Llewers dès le début et bien avant – personne ne perdait une occasion aussi précieuse d'aller étaler ses gencives et sa dentition parfaite à des gens quasiment inconnus mais qui avait notre nom dans son carnet d'adresse et le sien dans le nôtre. Elle n'avait dans son estomac au sortir de la journée qu'un feuilleté au saumon et la seule envie d'aller s'enfoncer dans son lit et éloigner cette sensation de dégoût d'elle en se plongeant dans une longue nuit de sommeil. Mais le devoir social l'avait appelé, et sa mère avait exigé de sa part qu'elle se rende auprès de la jeune Travis, Polie, qui, disait-on, souffrait beaucoup de la situation. « Ça lui fera plaisir de te voir, vous avez le même âge en plus. » avait dit sa mère pour la convaincre, mais l'argument n'était pas suffisant. « En plus, les Travis sont des gens vraiment biens, ils méritent que l'on s'intéresse à eux. Tu sais, Gysella, maintenir un lien social, ça demande beaucoup de travail et de temps, mais tu verras qu'au final ça paie bien. » Gysella avait regardé sa mère avec mépris. Elle était belle, au premier abord, grande, à la silhouette éthérée, mais en fait, elle manquait d'élégance en tout, y compris dans la réflexion. Ainsi, c'était cela, pour les Montchrestien, tout n'était qu'intéressé. Y compris les prétendues amitiés qu'ils entretenaient avec leurs voisins. « De toutes façons, c'est ton père qui a eu cette idée. Si ça ne tenait qu'à moi, ça ferait longtemps que les Travis ne feraient plus partie de notre liste d'invités pour le réveillon. » Cet argument acheva de convaincre Gysella. Puisque c'était Monsieur qui le demandait, elle n'avait guère le choix.

    Lorsqu'elle descendit du véhicule aux vitres teintées, elle se fustigeait encore elle-même d'avoir une fois de plus cédé aux exigences de son père, alors qu'il n'était même pas là pour les lui donner. La simple mention de sa personne suffisait à faire ployer les restes de son libre-arbitre. Elle pénétra dans la résidence des Travis, sa boite de chocolats hors de prix à la main – le prix du moindre de ces chocolats aurait suffit à offrir un repas à tout un village d'Afrique, à cette pensée elle eut un haut-le-coeur et pâlit, mais cela ne contrastait que si peu avec son teint de porcelaine habituel que personne ne lui fit la remarque jusqu'à ce qu'elle arrive à la porte de la chambre de Polie. Polie. Elle ne connaissait la jeune fille que vaguement, parce qu'elles passaient les dîners mondains ensemble étant plus jeunes – lorsqu'elles ne pouvaient pas encore dîner à la table des adultes – ainsi que les garden parties tenues à la campagne ou toute manifestation de richesse de la part de la bourgeoisie britannique qui impliquait un brassage social inter-familles afin de s'assurer chez les enfants les meilleures unions. Bref, Gysella ne connaissait pas vraiment Polie, ni même son frère.

    Mais l'odeur de tristesse qui régnait dans la chambre de sa compatriote la toucha plus qu'elle ne se l'était imaginé. Elle ravala l'acidité de sa bouche et prit une profonde inspiration pour se donner un peu de courage. Elle était venue sur ordre de son père, elle pouvait un peu lui désobéir en tentant cette fois-ci d'être sincère et vraie. Pas un bloc de glace incapable d'éprouver aucune compassion. Après tout, elle aurait très bien pu être à la place de Polie, et elle était certaine que personne ne serait venu lui offrir une épaule réconfortante, de manière sincère et sans intérêt à récolter a posteriori. Des milliers de bouquets de fleurs se serait entassé dans sa chambre mais aucun n'attendrait rien en retour. Elle déposa sa boit de chocolats sur un guéridon et fit un pas dans la pièce.


    « Polie. C'est Gysella. Je suis venue t'apporter des chocolats. »
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Polie S. Travis
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Jeu 24 Avr - 20:42

Un réveil sonna, faisant écho au téléphone auquel personne ne répondait. Le père de P était parti, pour affaires, en Europe. Sa mère était partie, pour selon le bon plaisir de son infidèle époux, faire une cure de désintoxication. Et P avait profité de cette double absence pour envoyer en congé tous les domestiques, sauf une. Elle rangeait, préparait les repas, ouvrait la porte, répondait, de temps en temps, au téléphone, organisait le courrier, bref, était particulièrement utile. Cependant, elle n’avait plus le droit d’entrer dans le chambre de P. Plus personne n’y avait droit. Le silence s’éternisait depuis une semaine, depuis l’enterrement, et la pénombre – amenée par les rideaux fermés – n’était qu’habitude pour l’adolescente. Celle-ci tendit le bras, fit taire l’insolent réveil puis en profita pour regarder les chiffres clignotants. On était le 26 mai. Son frère était mort depuis dix jours. Elle était morte avec lui depuis dix jours. Il était quinze heures. Son frère allait mourir dans trente minutes. Mais elle n’aurait pas le droit de le suivre dans trente minutes. Perdu la notion du temps. Retrouvé la notion du temps. L’heure zéro était celle de la mort. La vie n’était plus qu’une demi-droite. Un point de départ mais un horizon indéfini. La domestique avait retiré rasoirs, couteaux, somnifères, aiguilles, seringues, aspirines, sacs en plastique et cutters. P aurait pu se suicider par bien d’autres moyens. A quoi bon ? Tout le monde savait qu’il n’y avait pas de vie après la mort et qu’elle n’était certainement pas le retrouver. Mais ce silence. Il n’y avait personne. Tous ceux qu’elle avait vus lors de l’enterrement avaient rappelé ou envoyé une carte de remerciements – comme si la cérémonie n’était qu’une fête. Elle se souvint en un éclair d’avoir vomi à cause de ces heures où la haute bourgeoisie et l’aristocratie profitaient de la mort d’un adolescent pour remplir leurs carnets d’adresse de nouveaux noms et d’utiles numéros. Dans quel monde vivait-on ? Un haut-le-cœur. Puis des bruits de pas. P ne prit pas la peine d’ouvrir les yeux.

P - Hana ; quelle partie de ‘Interdiction de rentrer dans ma chambre’ n’as-tu pas saisie ?
G - Polie. C’est Gysella. Je suis venue t’apporter des chocolats.

Un franc sursaut. P ouvrit brusquement les yeux, sans même réaliser que la visite de l’adolescente était réelle. Certes, elles s’étaient vues de nombreuses fois depuis leur naissance, à chaque fois dans des cérémonies ressemblant à l’enterrement, entourées d’adultes qui parlaient argent et affaires avec un sourire désintéressé mais une main qui se crispait sur la flûte de champagne. Oui. G et P faisaient bien partie du même monde. Aussi y’eut-il un long silence pendant lequel elle ne dit absolument rien, frappée à la fois de honte, d’agacement et de soulagement. Honte ? Eh bien, oui, il fallait dire qu’elle ne s’attendait pas à être vue ainsi, couchée, dans un vieux pantalon et un T’shirt grisâtre qui tombait jusqu’aux genoux, les rideaux tirés, dans une obscurité inquiétante et dans un état d’apathie franchement effrayant. Agacement ? Eh bien, oui, il fallait dire qu’une visite de G, même si celle-ci était encore une adolescente, voulait dire un ordre des parents et donc quelque chose du style de la cérémonie – et elle avait besoin de tout sauf cela. Soulagement ? Eh bien, oui, il fallait dire que malgré tout cela elle avait enfin l’impression que quelqu’un se souvenait de son existence. Elle s’était sentie si seule, ces derniers temps.

P - Gysella. Je – je suis désolée.

Sa voix était enrouée tellement elle avait perdu l’habitude de parler. Elle ne savait pas exactement pourquoi elle s’excusait, l’ensemble, certainement : son accueil, l’odeur, l’environnement et la tristesse qui pesait sur les lieux. Elle chercha en elle pendant quelques secondes la force de se lever mais ne la trouva pas. Alors, de la main gauche, elle lui signala le seul fauteuil qui n’était pas recouvert de vêtements ou de nourriture. Elle aurait aimé briser le silence mais n’avait pas confiance en sa voix – n’allait-elle pas la lâcher à n’importe quel instant ? Elle ne pouvait pas pleurer devant G. Une visite de convenances. Il ne fallait pas qu’elle pleure. Et ces foutues larmes qui montent aux yeux. Silence.
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Gysella de Montchrestien
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Ven 25 Avr - 23:48

    Elle avait toujours vu Polie apprêtée, souriante – même si ce sourire était faux il sonnait étonnamment vrai, comme elle arrivait à le faire aussi – bref, dans un état tout autre qu'au naturel et aujourd'hui, Gysella était face à ton opposé complet. Parce qu'on ne pouvait décemment pas dire que ceci était l'état naturel de Polie, loin de là. Ceci ne lui ressemblait en rien, et même si Gysella ne savait pas vraiment qui était l'adolescente, elle était certaine qu'elle ne pouvait pas être celle qu'elle voyait aujourd'hui. La jeune Montchrestien resta immobile, droite comme un piquet au milieu de la grande chambre de Polie qu'elle semblait n'avoir habitée que par parcelle, recroquevillée sur elle-même et sur son chagrin. Gysella comprenait bien entendu pourquoi Polie agissait ainsi, mais sur un point purement intellectuel. Perdre quelqu'un était quelque chose de douloureux, elle le savait, mais elle ne l'avait jamais expérimenté et elle n'avait aucun moyen de se le représenter. En effet, Gysella était seule. Fille unique d'une famille froide qui n'avait vu en la procréation qu'un seul moyen de continuer leur lignée de sang pur. Le père de Gysella avait un frère qui avait eu un fils. Le fait qu'elle ne perpétue pas leur nom de famille n'était par conséquent pas un problème. La seule chose qu'elle devait faire, c'était investir un autre arbre généalogique du prestige de son nom et offrir un fils à celui qu'elle allait épouser. Mêler la sève de deux grands cépages pour en faire un cru encore plus grand. Voilà le seul objectif de Monsieur de Montchrestien, l'avancée génétique de son sang. Mais pas le bonheur de sa fille.

    Il en était visiblement de même pour Polie. Sauf que Polie avait eu un frère. Certes, elle l'avait perdu, mais elle avait eu l'occasion de ne pas être seule. Elle avait vécu ce que ça faisait d'avoir quelqu'un que l'on aime parce qu'il fait partie de nous, parce qu'il partage notre sang, notre vie, tout. Gysella aurait adoré connaître ce sentiment, même si c'était pour le perdre un jour, mais l'avoir éprouvé un jour serait toujours mieux que de ne rien éprouver du tout. Aujourd'hui, Polie était devenue seule. Tout comme Gysella. Elle devrait apprendre à faire ce que Gysella faisait depuis sa naissance, elle devrait apprendre à en faire son quotidien et à vivre avec.


    « Tu n'as pas à être désolée Polie, je comprends. »

    L'adolescence, vêtue comme une femme, s'avança dans la chambre et partit s'asseoir sur le fauteuil que la jeune Travis lui avait indiqué. Elle s'assit convenablement, très en avant du siège, de peur d'envahir ce territoire qui ne lui appartenait pas et qui devait être chargé de souvenirs auquel elle n'avait pas participé parce qu'elle n'était rien ni personne. Elle resta un moment silencieuse parce que rien ne lui venait à l'esprit. Elle était incapable de trouver les mots, de quoi la réconforter. C'était comme si les seules choses qu'elle pouvait énoncer n'étaient qu'hypocrisie, comme faisant partie du jeu auquel elle jouait depuis toujours et dont elle rêvait de s'enfuir. Mais elle n'avait pas les tripes pour le faire. La seule chose qu'elle pouvait faire, c'était gagner ce foutu jeu. Jouer dans les règles jusqu'au bout et écraser les autres.

    « Tu sais... » Elle hésita. « On ne se connaît pas vraiment, toi et moi, mais je pense qu'on pourrait être amies toutes les deux. »

    A part Phoenix, Ella n'avait personne sur qui vraiment compter. Pas dans son monde en tous cas, car aussi adorable que put l'être Phoenix, elle ne se fondait pas dans le décor. C'était sa meilleure amie, une soeur illégitime, mais pas une soeur de sang. Polie pouvait l'être. Elles se comprenaient. Vivaient les mêmes choses. Parlaient la même langue, les mêmes codes. Elles ne se connaissaient pas mais se ressemblaient beaucoup plus qu'elles ne pouvaient le penser.

    « Je suis là, si jamais tu as besoin. »

    Oui c'était ça. Gysella était là pour Polie. Même si elles étaient des étrangères l'une pour l'autre, elles avaient un point commun : leur vie. C'était largement suffisant pour devenir amie. Alors non, Gysella n'avait jamais eu de frère, mais peut-être pourrait-elle se faire une soeur, et par la même occasion, alléger un peu les souffrances de Polie. Son père et sa mère n'avaient pas eu tort en l'incitant à se rendre chez les Travis, mais ils s'étaient trompés sur toute la ligne pour le gain procuré par cette visite. Il pourrait être beaucoup plus grand qu'une invitation assurée au prochain gala des Travis. Un gain beaucoup plus important.
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Polie S. Travis
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Mar 29 Avr - 11:33

Rembobiner. P n’avait qu’une envie, celle de rembobiner. Elle voulait remonter dans le temps, de quelque manière que ce soit, et se retrouver, comme avant, dans cette même chambre avec son frère. Elle se souvenait et se souvenir la brisait à chaque fois un peu plus. Bien entendu, il fallait qu’elle recommence de vivre dans le présent et vers l’avenir, mais c’était impossible. On était en mai 2007, elle avait quatorze ans, et tout son être n’avait que la mort pour aspiration. Du moins, c’était ainsi jusqu’à ce que G pénètre dans sa chambre. Personne n’y avait mis un pied depuis si longtemps. Ses parents ne s’étaient pas dérangés, ils avaient laissé une carte, un mot – bref, rien de bien câlin. Et, comme toute adolescente plongée dans le chagrin, P avait eu l’impression que personne ne pourrait jamais la comprendre. Du moins, c’était ainsi jusqu’à ce que G pénètre dans sa chambre. En effet, cette adolescente était dans une situation bien plus complexe qu’elle ne le laissait voir et cela, P s’en était rendue compte quelques années auparavant, quand sa mère l’avait faiblement embrassé sur le front avant de lui lancer un regard sévère, du style « Maintenant, va jouer ». Il n’y avait pas d’affection non plus, chez elle, et la solitude était un sentiment qu’elle devait particulièrement bien connaître. La gorge de P, si serrée, se détendit quelque peu et les sanglots qui n’allaient pas tarder à éclater s’estompèrent étrangement. Elle avait soif. Il fallait qu’elle bouge, qu’elle parle. Sa main gauche tâtonna avant de trouver ce qu’elle cherchait : un système de sonnerie alertant H qu’elle avait besoin d’elle. Des pas retentirent dans l’escalier, et, bien qu’on ne la vît pas, la jeune femme apparut devant la porte.

H – Mademoiselle désire quelque chose ?
P - A boire.

Elle ne pouvait pas plus parler, car chaque mot semblait lui arracher la gorge, comme les premières bouffées de cigarette. Se retenir de pleurer devenait aisé en présence de quelqu’un d’autre mais il n’y avait pas besoin de se compliquer la tâche avec de longs discours. P se tourna vers G, comme attendant qu’elle parlât. Il y avait bien une raison à sa venue, et c’est pour cela que son visage afficha une certaine froideur, de peur qu’il n’y ait que convenances, de peur qu’il n’y ait que mépris. Ce qu’elle lut sur le visage de l’adolescente la dérida pourtant assez rapidement. Il y avait de la pitié, mais plus que cela, de la compréhension. Elle savait.

G - Tu sais – on se connaît pas vraiment, toi et moi, mais je pense qu’on pourrait être amies toutes les deux. Je suis là, si jamais tu as besoin.

P ne répondit pas. Elle regardait fixement l’adolescente, scrutant son visage avec les mêmes sentiments que de coutume. Elle était bien décidée à ne pas laisser le chagrin l’aveugler car elle ne savait absolument pas dans quelle mesure elle pouvait faire confiance à son interlocutrice. Autant elle aurait voulu dire oui, se plonger dans ses bras, et pleurer pendant des heures, autant c’était évident qu’il lui fallait réfléchir avant de faire cela. P n’avait jamais été une fille réfléchie. On dit que ce sont les malheurs qui vous construisent. P en est bien la preuve vivante. Que dire ? Le silence resta encore quelques dizaines de seconde – ce qui n’est rien, quand, par exemple, on rit ou on lit, mais ce qui est énorme quand c’est un blanc dans une conversation. Puis, P acquiesça d’un signe de tête, ne pouvant retenir cette maudite et unique larme qui coula sur sa joue, avant qu’elle ne la balaie. Il n’était plus temps de faire cela, il fallait passer à autre chose.

P - Je ne sais pas du tout qui tu es et ce n’est pas pour me rassurer, mais –

Aïe. Foutue gorge. Elle ne tenta pas de continuer, G avait certainement compris : elle la regarda encore pendant quelques instants puis laissa échapper un sourire triste. Elle savait qu’elle ne pouvait que mentir et faire semblant, pour le moment. Aller mieux n’était pas quelque chose qui lui semblait possible, ni maintenant, ni jamais, mais elle était certaine, et c’était prouvé, que sourire, même si on ne le pensait pas vraiment, était mieux que se morfondre à longueur de journée. Aussi, elle laissa ses lèvres se courber un peu plus, retrouvant une contenance qui ne pouvait être que bénéfique dans cette situation. Elle allait prendre une douche, se laver les dents, se coiffer, s’habiller, ranger sa chambre et puis tout irait déjà un peu mieux, temporairement. Après tout, si le bonheur est éphémère, pourquoi au moins ne pas profiter de ces brèves phases qu’il nous accorde ? P voulait un peu de répit, G semblait vouloir le lui accorder. Alors, allons-y. Elle ferma les yeux, cherchant en elle toutes les forces nécessaires pour se relever : il fallait qu’elle y arrive. Mais, non. Elle se tourna alors vers G, plus gênée que jamais mais tentant de prendre un ton rieur.

P - Tu pourrais m’aider à – me relever ? C’est bête, mais je – je n’y arrive pas.

Geste symbolique. Si G parvenait à remettre P sur pieds, elles seraient évidemment beaucoup plus proches qu’auparavant, pourraient rester ensemble un peu plus souvent, se voir, se consoler, être là l’une pour l’autre. Ce qui était étrange, c’est que l’idée ne soit jamais venue à P de resserrer les liens qu’elle avait avec G. Ah. Normal. Il était encore là.
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Gysella de Montchrestien
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Jeu 1 Mai - 16:52

    Pendant un temps Gysella osa soutenir le regard de Polie qui la détaillait avec attention, mais il n'y avait rien à voir. Juste une beauté froide, une adolescente vêtue comme Jackie Onassis alors qu'elle n'avait à peine que quinze ans, une enfant que l'on avait faite femme bien avant l'heure. Lorsqu'elle était toute petite, porter des vêtements de princesse était un amusement, les froufrous, les petites chaussures vernies, s'habiller comme ses poupées, c'était comme se déguiser tous les jours, une nouvelle fête. Et puis l'adolescence avait balayé ses illusions d'enfants, elle avait dû commencer à porter des talons, ses vêtements n'étaient plus des déguisements mais des carcans, des camisoles de force, des idées qu'elle véhiculait auxquelles elle n'adhérait pas. Et puis c'était devenu machinal, comme se maquiller tous les matins, c'était mettre en veilleuse ce que l'on portait à l'intérieur, plonger dans une léthargie intellectuelle confortable en attendant la prochaine brèche où l'on pourrait s'engouffrer encore, le peu de temps qu'elle dure pour être soi. Gysella détourna la tête sur le côté un court instant, sentant palpiter à l'intérieur d'elle la personne véritable qu'elle était alors que la carapace de son accoutrement s'effritait peu à peu. Mais c'était comme une infection, elle avait fini par s'y faire, par s'approprier ses costumes, par les peaufiner jour après jour pour s'en faire des atouts. Elle était devenue à double facette sans le vouloir, avec des sentiments à double tranchants, elle portait sa médaille côté pile et le côté face n'avait pas été lustré depuis longtemps. Comme les perles, il avait perdu de son éclat à défaut de ne pas avoir été soumis à la lumière.

    Lorsqu'elle tourna la tête de nouveau vers Polie elle surprit une larme qui roulait sur sa joue et immédiatement elle sentit ses yeux s'humidifier. Bien sûr qu'elle était émue, elle était humaine après tout, elle était émue par le malheur, la douleur, la souffrance, la peine, elle n'était pas encore assez âgée, expérimentée pour ne plus ressentir de la compassion. Mais lorsqu'elle pensait à sa mère ou son père qu'une larme n'atteignait plus, lorsqu'elle pensait à la manière dont elle n'avait pas pleuré à la cérémonie, elle savait qu'elle était sur la voie de l'apathie des sentiments, de l'ataraxie complète. Alors elle garda ses yeux grands ouverts, posés sur Polie, comme pour essayer de la soulager d'un peu de sa tristesse pour se rappeler toujours de ce sentiment de peine partagée alors qu'elle n'était pas concernée dans un premier lieu.


    « Il n'y a pas grand chose à savoir sur moi. »

    Elle sourit en réponse à Polie, les mains posées sur ses genoux, et attendit alors que Polie fermait les yeux. Elle ne savait combien de temps elle allait rester, combien de temps il fallait qu'elle reste, mais pour l'instant, elle ne s'imaginait pas partir. Elle n'en avait pas envie, sûrement pas plus qu'elle n'avait une folle envie de rester ici, mais à quoi bon. Personne n'avait besoin d'elle, sauf peut-être Polie. Ça ne lui était jamais arrivé, sauf avec Phoenix. Mais c'était... différent. Elle avait eu besoin de sa meilleure amie aussi. C'était lui rendre ce qu'elle lui avait offert, tellement, c'était être quitte.

    « Oh bien sûr. » Avec lenteur et sans précipitation, sans sursaut devant la requête de Polie, Gysella se leva et s'approcha du lit de l'adolescente. « Attend. » Elle en dégagea les lourdes couvertures qui sentaient le sommeil, la fatigue, créant un mouvement d'air frais dans la pièce, et elle se pencha ensuite vers l'enfant Travis et glissa un bras sous elle, guidant la main de Polie sur sa propre épaule pour qu'elle s'y appuie. Elle était si frêle que la soulever ne fut pas un problème. Rapidement elle se trouva assise sur le bord du lit, les jambes pendantes. La gouvernante de Polie entra dans la pièce à cet instant après avoir frappé, tenant dans ses mains un plateau contenant deux tasses d'un service de porcelaine et une théière. Elle la déposa sur une tablette de la pièce et ressortit aussi silencieusement qu'elle était venue. Après l'avoir suivie des yeux, Gysella regarda de nouveau Polie.

    « Ça va aller ? » Elle n'attendit pas sa réponse et se leva du lit pour l'aider à se mettre sur pieds. Elle sentait son bras trembler derrière sa nuque, mais cela allait bientôt se dissiper. Il fallait simplement qu'elle se réadapte. A la marche, à la lumière, à la vie. Mais elle allait le faire, Gysella serait là pour la soutenir. Avec lenteur elles se dirigèrent vers la salle de bains, prenant appui sur les meubles de la pièce, jusqu'à ce que Gysella ouvre la porte de la salle de bains et en allume la lumière. Elle poussa avec douceur Polie à l'intérieur de la pièce et commença à en fermer la porte. Elle garda toutefois son visage dans l'entrebâillement. « Je t'attends à côté, prend tout ton temps. » Elle attendit une réponse de Polie, puis elle disparut, sans pour autant fermer la porte complètement.

    De retour dans la chambre, elle ne soupira pas ni ne grimaça. Elle garda le même visage qu'elle avait eu devant Polie et se dirigea vers la fenêtre dont elle tira les lourds rideaux, faisant entrer la lumière londonienne dans la chambre. Ce fut alors qu'elle découvrit que la pièce n'était pas en noir et blanc. Elle ouvrit en grand la fenêtre et en plus de lumière ce furent des bruits, des odeurs, de l'air qui entrèrent dans la pièce et elle se rendit compte aussi que la pièce n'était pas capitonnée. Pendant quelques secondes elle contempla la vue, puis elle se détourna et débarrassa deux fauteuils de vêtements qu'elle posa négligemment sur un troisième meuble, et prit place sur l'un. De ses mains gantées de dentelle blanche, elle versa du thé dans les deux tasses. La scène aurait aussi bien pu se dérouler l'année de ses douze ou de ses quarante ans. Elle espérait simplement que Polie tiendrait le coup d'ici là.
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Jeu 1 Mai - 19:41

Milieu privilégié. Venir d’un tel milieu avait valu à P des remarques ironiques de la part de certains de ses camardes d’école. Puis, on l’avait mise dans une école privée et il n’y avait plus eu aucun problème. Tous s’habillaient aussi élégamment, dans des collections pour enfants mais chez des créateurs très luxueux. Enfant, qu’y a-t-il de plus drôle que ces immenses gardes robes dans lesquelles on peut piocher une nouvelle tenue chaque jour ? Pratiquement rien. Ou peut-être si, ce plaisir si coquet de montrer son nouveau serre-tête. Ou peut-être si, ce plaisir si interdit de s’habiller d’un T’shirt long et avec des baskets quand les parents avaient le dos tourné. Puis, une gouvernante avait parlé et ces vêtements que P avait achetés avec son propre argent avaient été jetés. On ne pouvait risquer que quelqu’un la voie ainsi, mal fripée, de peur que les mauvaises langues jasent de ce simple fait pendant des semaines. Sur ce point-là, du moins, P et G pouvaient aisément se comprendre l’une et l’autre : venir d’un milieu privilégié a certes de très nombreux avantages quand on obéit aux règles, mais dès qu’on dévie un tant soit peu du chemin tracé par les parents, les sanctions viennent et on vous remet à l’ordre. Que sont deux adolescentes dans un tel monde ? Deux fous, qu’on avance sur l’échéquier pour faire valoir le bon goût de la famille. Ou encore deux pions, que l’on envoie dans telle ou telle maison pour remplir son calendrier ou son carnet d’adresse. Tout membre de la famille est susceptible de rehausser ou, au contraire, de salir, l’image de l’ensemble de la sphère. C’est pourquoi P et G étaient aussi peu libres et c’est pourquoi certains membres qui se rebellaient prenaient le risque inévitable d’être reniées et moquées. Oui. Sur ce point-là, au moins, les deux interlocutrices pouvaient aisément se comprendre.

Peut-être ce fut cet élément qui permit à P de verser une larme devant G, ou peut-être était-ce simplement que l’émotion se débattant dans son corps et dans son cœur était devenue incontrôlable. Quoiqu’il en soit, elle apprécia le regard silencieux et compatissant que celle-ci lui lança, découvrant en elle une personne humaine, capable d’appréhender la douleur et de ne pas réagir de manière déplacée. Les parents de l’une comme de l’autre auraient certainement haussé un sourcil de manière désapprobatrice. Heureusement, on ne voit ici ces deux personnages qu’adolescentes. Pas encore eu le temps de tourner comme eux.


G - Il n’y a pas grand-chose à savoir sur moi.

P releva les yeux vers elle. Elle mentait. Dans ses yeux, on pouvait lire des sentiments et des émotions, toujours refoulés, toujours laissés pour compte. Dans le milieu, on ne disait rien, mais peut-être que si G, un jour, faisait vraiment confiance à quelqu’un, elle pourrait tout sortir, exploser, s’enfuir de cette phase dans laquelle on s’accroche à ce qu’on nous a toujours dits, à nos repères, de peur de se noyer dans l’océan de l’existence. Et puis, peu importait. Et puis, P l’excusa. Et puis, G la redressa. Une fois les couvertures retirées, il y eut déjà plus d’air et le sang sembla battre avec une force renouvelée dans les veines de l’adolescente. En ce moment, elle ressemblait d’ailleurs plus à une enfant qu’à autre chose mais cela, elle ne l’aurait admis sous aucun prétexte et G n’allait certainement pas le lui faire remarquer. A ce moment précis, H entra dans la pièce, amenant le thé. Elle le déposa, jeta un bref regard reconnaissant à ce qui était finalement la nouvelle amie de P, puis sortit aussi vite qu’elle était venue. Les deux adolescentes la suivirent brièvement du regard, P avec le mince sourire qui ne quittait plus ses lèvres, puis l’action recommença : le temps reprenait son cours. Il y eut un bref silence, le temps que P parvienne à l’état « debout ». Quand elle y fut enfin, elle poussa un soupir de soulagement non contenu puis remercia G du regard. A ce moment précis, H entra dans la pièce, amenant le thé. Elle le déposa, jeta un bref regard reconnaissant à ce qui était finalement la nouvelle amie de P, puis sortit aussi vite qu’elle était venue. Les deux adolescentes la suivirent brièvement du regard, P avec le mince sourire qui ne quittait plus ses lèvres, puis l’action recommença : le temps reprenait son cours. Aller jusqu’à la salle de bains fut un nouveau défi, qui leur prit quelques instants – et P se sentait franchement honteuse de trembler de cette manière là devant une fille qu’elle connaissait à peine. Cependant, toute méfiance avait disparu, comme si, en lui venant en aide, l’adolescente lui avait prouvé qu’elle était autre chose qu’une jolie poupée en porcelaine. Sourire.

G - Je t’attends à côté, prends tout ton temps.

Avant que la porte ne se referme, P accrocha le regard de l’adolescente qui était venue jusque chez elle, avait apporté des chocolats, avait accepté de lui venir en aide et se proposait maintenant d’attendre jusqu’à ce qu’elle ressemble à quelque chose. Elle sentit que même un regard ne suffirait pas à exprimer toute la gratitude qu’elle ressentait et un sourire vint s’y ajouter, un magnifique sourire qui liait les adolescentes d’une amitié nouvelle. P se promit d’aider en retour G dès qu’elle en aurait besoin et cette promesse la fit se sentir encore mieux. Puis la porte fut fermée et elle se retrouva seule. Elle ferma les yeux afin de puiser toute l’énergie qu’il y avait d’habitude en elle, avant de se diriger vers la douche. Ses vêtements tombèrent à terre au fur et à mesure de ses gestes et le bruit sec de l’eau qui s’écoule enfin retentit. Une sensation aussi aigue que profonde de bien-être emplit aussitôt l’adolescente qui ne bougea plus pendant quelques longues minutes, laissant ce liquide transparent et si délicieusement propre enlever la poussière et la sueur de son corps, assimilant ces choses aux plaies qu’elle avait dû affronter. Un premier pas vers la guérison. Puis, il y eut le savon, le shampoing, l’après shampoing, encore un peu d’eau chaude, et la serviette douce dans laquelle on s’enveloppe avec un plaisir inavoué. Dans la salle de bains, une armoire en bois vernie contenait un tiers des vêtements de la jeune femme, lui permettant ainsi de prendre sa douche le matin et de s’habiller sans avoir à sortir et à mouiller le sol de sa chambre. Ou tout simplement de contenir un peu de sa garde robe. Au choix. Elle aurait voulu opter pour un pantalon et un T’shirt quelconques mais se retint et prit au contraire une paire de collants noirs, une jupe et des ballerines de la même couleur, puis une chemise blanche qui compléterait la tenue. Autrement dit : sobriété et élégance. Un coup de brosse – à cheveux – et beaucoup de coups de brosse – à dents – plus tard, elle sortit de la salle de bains, rayonnante de nouveau, prête à effectivement recevoir une amie de son milieu.

P - Désolée de t’avoir faite attendre, l’eau chaude a pris du temps pour sortir.

Un mensonge d’habitude complété par un clin d’œil amical. P essayait d’oublier ce qu’il venait de se passer pour mieux sortir la tête de l’eau, pour mieux passer à autre chose. Elle vit que le thé était servi et remercia G de s’en être occupé. Puis, avant de s’asseoir, elle remit l’oreiller à sa place, remonta les couvertures, plaça les livres à son chevet en une pile un peu plus ordonnée puis mit tous les vêtements qui étaient sur un fauteuil dans un sac de linge sale. Après quoi, enfin, elle s’installa en face de son amie et but une gorgée de thé. Un sourire plus mince qu’auparavant naquit sur ses lèvres, montrant que la sincérité était de nouveau de mise. A bas le jeu social entre elles.

P - J’avais vraiment besoin d’un nettoyage de printemps. Merci d’être venue. Je t’ai cherchée à l’enterrement, mais vainement. Tu avais d’ailleurs raison : c’était un des pires moments de mon existence, après – après la découverte. Tous ces gens qui boivent leur champagne et me saluent comme – comme la nouvelle héritière des Travis. Ils ne m’apprécient que pour ça.

Un silence.

P - J’imagine que c’est pour cela que tes parents t’ont envoyée me voir.

Son ton était complètement dénué d’accusation, montrant un simple constat, un peu attristé, peut-être, mais nullement énervé. Pour que le jeu social disparaisse, il fallait que ses règles soient clairement énoncées entre G et P. Plus d’hypocrisie : la vérité, c’est qu’elle était venue sous un ordre, c’était très clair. Mais G avait ensuite révélée à quel point elle était capable de dépasser les ordres pour venir en aide aux personnes qui en avaient besoin. P ne savait pas si elle aurait fait cela pour tout le monde ou si cette situation était un cas exceptionnel, mais peu importait, au fond. Tout ce qui comptait, c’était qu’elle fussent là, l’une en face de l’autre, prenant le thé après un moment difficile.
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Gysella de Montchrestien
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Ven 2 Mai - 20:59

    Le temps que Polie se prépare – cela paraissait tellement normal mais c'était ô combien un exploit pour l'adolescence qui venait certainement de passer les jours les plus atroces de sa vie – Gysella laissait son regard courir dans la chambre de celle-ci, suivre les courbes des meubles hors de prix et tous achetés à des ventes aux enchères durant lesquelles l'on s'entre-tue en souriant à coup de mises tout plus rocambolesques et outrancières que les autres. Ce principe était stupide. Payer des milliers de livres pour une petite chaise de bois était un manque de respect sans nom. Tout cet argent dont seul le centième aurait suffit à compenser la valeur de l'objet, tout cet argent jeté par les fenêtres comme une centaine de petits confettis servant juste à souligner le faste de votre condition. Tout cet argent juste pour montrer qu'au fond, vous n'en avez cure. C'était si paradoxal. Son regard coula alors vers sa tasse, et soudain le liquide ambré qu'elle y avait versé se mit à frémir. Il avait trop refroidi, et un sortilège dont elle n'avait pas connaissance mais que les personnels de maison devaient maîtriser – avec toute une pléiade d'autres sorts invisibles qui faisaient que chaque matin lorsqu'elle se levait elle ne trouvait jamais rien en travers de son chemin et toujours des serviettes chaudes et moelleuses, parfumées au chèvrefeuille pour sa sortie du bain – remédia à ce petit accro dans le tracé parfait de sa vie.

    Polie était en train de peu à peu remettre son masque, et même si Gysella pouvait désormais voir à travers celui-ci par les orifices de ses yeux, elle était elle aussi en train de reprendre le cours de sa vie, de rentrer de nouveau dans le moule de la perfection où l'on attend rien de vous que de vous y conformer en apparence. Tout n'était qu'apparences. A l'âge de quinze ans elle avait déjà bu de nombreux alcools, alors qu'elle était bien loin de l'âge légal britannique. Mais ses parents n'en avait que faire de ce qu'elle buvait ou mangeait, du moment que cela ne se voyait pas. Et quand bien même elle faisait un faux pas, son père lui lançait un regard assassin, une foule de reproches lorsqu'ils étaient dans l'espace confiné de son bureau, des reproches qui la faisaient se sentir comme une moins que rien, mais dès qu'il avait décidé que la conversation était terminée, il jetait un voile sur son erreur et ne le soulevait que lorsqu'il en avait besoin pour une autre séance de réprimande. Autrement, ils rejoignaient le salon de leur grande demeure, lui arborait un large sourire et passait son bras autour des épaules de sa fille pour montrer à la Terre entière qu'elle ne faisait jamais d'erreurs et que même si, un jour, elle en faisait une, il la soutiendrait et l'aiderait de son mieux. Tout était parfait chez eux car l'on se contentait d'effacer tout ce qui avait dépassé et de faire comme si rien n'était arrivé. Dans ce monde de l'aristocratie, on a les pleins pouvoirs sur l'Histoire. Changer son tracé ne nécessite qu'une phrase anodine, qu'un alibi que personne ne contestera aussi injustifiable fût-il. Les parents de Polie étaient donc absents, et ils devaient dire de Polie qu'elle prenait du temps pour elle, qu'elle souhaitait profiter du printemps pour perfectionner sa technique de saut d'obstacles à cheval, qu'elle avait décidé de se mettre à la peinture et que la lumière à cette période de l'année était idéale. Peu importe que ce soit vrai, ou faux, ou que l'on y croie ou pas. C'était simplement une modification de vocabulaire, une substitution lexicale. Faire de la peinture signifiait désormais dépression nerveuse. C'était juste une question de mots. Ne dit-on pas que nommer les choses, c'est les posséder ?

    Gysella leva les yeux vers une Polie toute pimpante et malgré le choc qui la submergea tant la différence entre les deux Polie était grande – avait-elle vraiment réussi à la faire se sentir mieux à ce point-là ? Il y avait certainement un peu de fierté dans son regard – elle garda une expression contenue et l'accueillit avec un large sourire. Il fallut encore quelques minutes pour que Polie vienne la rejoindre, laps de temps durant lequel Gysella faisait mine de ne pas remarquer le désordre que la jeune femme était en train de ranger quelque peu (en temps normal elle lui aurait dit de laisser cela à ses domestiques, mais elle préféra rester silencieuse, après tout, c'était comme une rémission personnelle que de faire cela). Elle accompagna l'adolescente en buvant à son tour une gorgée de thé, remarquant à peine la finesse de sa saveur que l'on était partis chercher dans les hauts-plateaux de telle ou telle région de Chine, et reposa sa tasse sur la coupelle dans un bruit léger et raffiné de porcelaine.

    Elle baissa les yeux, avec un peu de honte, et laissa filer quelques secondes avant de prendre la parole à son tour. Les moments de silence dans les conversations, même s'ils pouvaient être gênants, Gysella avait appris à les mettre à profit, mais aussi à les respecter lorsqu'il s'agissait d'autrui. En effet, tant que vous ne dites rien, vous ne faites pas d'erreur. Mieux vaut rester silencieux que de dire quelque chose de mal mesuré et de le regretter ensuite.


    « Pas tout à fait. » Elle s'humecta les lèvres et releva enfin la tête, « Ma mère aime beaucoup vos réceptions, vos invités sont en général toujours très bien choisis. »

    Un sourire ourla les coins de ses lèvres alors qu'elle lisait dans les yeux de Polie de la connivence, puis elle porta de nouveau la tasse à ses lèvres. Lorsqu'elle la reposa, elle ne réussit pas à la glisser directement dans le renfoncement de la soucoupe, preuve qu'elle lâcha un peu de lest. D'ailleurs quand elle parla sa voix, même si elle restait toujours aussi calme, était néanmoins moins posée et avait perdu de son accent légèrement dramatique que les aristocrates prenaient pour camoufler la monotonie de leurs conversations. Et même si le décor et la situation pouvaient prêter à confusion entre Polie et Gysella, leur conversation était loin d'être monotone.


    « Pour l'enterrement... Je suis venue, mais... Enfin tu sais ce que c'est, alors j'ai préféré me faire discrète. Je ne suis pas sûre que quelqu'un ait remarqué mon absence à part toi. »
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Sam 3 Mai - 14:48

La caméra s’allume et se fixe devant ces deux adolescentes, parfaites à l’extérieur mais extrêmement différentes à l’intérieur : seule l’odeur de renfermé qui commençait d’ailleurs à se dissiper dénotait cet intérieur, et bientôt elle aurait disparu et plus rien ne serait visible, comme d’habitude. Dans l’aristocratie ou la haute bourgeoisie, il s’agit toujours d’apparences. La cour de Versailles n’était qu’apparences : la plus belle robe, la plus belle perruque, la plus belle réception – il est bien évident que Fouquet n’aurait pas été renversé si sa petite fête avait été moins appréciée par les courtisans. Et, bien que certains semblent vouloir nier cette indubitable vérité, rien n’a réellement changé depuis Versailles. Les marques, peut-être, la mode, peut-être, mais les us et coutumes de ces privilégiés restaient les mêmes. Aussi, un réalisateur averti ne serait pas surpris derrière l’objectif : ces deux jeunes filles n’étaient que leurs mères en devenir, du moins si elles acceptaient de suivre le chemin qu’on leur avait tracé. Or, cela allait devenir de moins en moins certain au fil de l’année scolaire qui s’ouvrirait à Lowarts en 2008. Mais cela, aucune des deux ne le savait encore. Quinze secondes. Pause, puis un retour en arrière. P sortait de la salle de bains. Ses yeux se posaient sur les meubles et elle considérait avec une certaine honte et un agacement redoublé le désordre qui régnait dans sa chambre. Elle pensait à appeler H mais voulait rester seule avec G, et puis il y avait ce sentiment en elle, cette impression que tout irait mieux si déjà les apparences récupéraient leur perfection. S’asseoir prendre le thé lui rendit le reste de contenance qu’il y avait à avoir. Et puis, accéléré vers la discussion.

G - Pas tout à fait. Ma mère aime beaucoup vos réceptions, vous invités sont en général très bien choisis.

Bon. Ce n’était pas comme si elle était venue d’elle-même mais il y avait au moins deux sources de consolation : d’abord, le compliment envers les réceptions faites chez les Travis était apparemment sincère, et puis, pensa P en un instant, assez vrai, mais surtout, G avait été réellement sincère et n’avait pas chercher à mentir. Elle aurait pu dire « Absolument pas : je voulais venir » mais non. Elle avait donc les mêmes vues que P : à bas l’hypocrisie entre elles. Et cela continua.

G - Pour l’enterrement, je suis venue, mais – enfin tu sais ce que c’est, alors j’ai préféré me faire discrète. Je ne suis pas sûre que quelqu’un ait remarqué mon absence à part toi.
P - Je ne l’aurais certainement pas remarquée si tu n’étais pas venue aujourd’hui. A mon avis, c’est l’empathie montrée par quelqu’un qui permet d’apprécier sa présence. Et puis, tu te trompes : ma mère a remarqué ton absence, elle aussi.

Un peu plus de sincérité, ainsi. Elle scruta le visage de G et y trouva des traits distinctifs de la part de ses parents. Est-ce qu’ils finiraient également par faire apparition à l’intérieur ? P ne le savait pas vraiment. Et elle ne le saurait que quand la vie prendrait une tournure véritable. Autrement dit quand elles seraient réellement à la croisée des chemins. Le silence perdura ainsi pendant quelques secondes, G étant une fille suffisamment réfléchie pour ne pas parler à la légère. Elle prenait le temps de penser à ce qu’elle allait répondre et cela montrait une intelligence que P avait déjà eu l’occasion de remarquer à plusieurs reprises. Excellent. D’ailleurs, G était chez les Serpentards. Et c’est avec cette pensée que lui vint un éclair soudain.

P - Au fait, comme j’ai été assez fermée sur le monde ces derniers temps, je n’ai pas su l’évolution des choses. Quand est-ce que l’académie de Poudlard va-t-elle être prête à accueillir de nouveau les élèves ? Les vacances, c’est agréable, mais seulement si on sait quand arrive leur fin.

P ne savait absolument pas que l’académie de sorcellerie n’allait pas être reconstruite, n’allait pas être reprise. Elle ne savait pas encore que rien, nulle part, ne l’attendait pour le moment, et que ces vacances n’étaient que le début d’une longue période de rien. Non, P ne savait rien de tout cela et ç’allait être à G de le lui annoncer. Peut-être pourraient-elles ensuite parler de ce qu’elles allaient faire mutuellement dans ces conditions. Pour ne pas angoisser, rien de mieux qu’être à deux. P souriait, d’un air rêveur, en pensant aux modifications qui seraient certainement faites au château – bonne chance pour lui annoncer la nouvelle, G.
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Gysella de Montchrestien
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Jeu 8 Mai - 18:06

    Elle sourit. Polie avait remarqué son absence, certes, cela devait être parce qu'elle s'était sentie terriblement seule, et que Gysella qu'elle côtoyait depuis son enfance faisait partie des rares personnes de son âge qu'elle pouvait croiser dans le 'monde'. Mais elle se sentait flattée d'être l'objet d'une attention un peu plus particulière de la part de Polie – comme quoi, on ne naissait pas hypocrites ou insensibles, on le devenait. L'idée de s'en faire une amie véritable, et plus qu'une compagnie agréable germait dans son esprit et perdait de sa folie. C'était seulement regrettable qu'il ait fallu un événement aussi tragique que la mort de son frère pour qu'elles arrivent à cette conclusion, mais eh ! ne dit-on pas que c'est la vie ?

    Un nouveau sujet tomba sur la table et Gysella se figea un peu. Polie n'avait pas été témoin des dernières semaines et de la lutte enragée qui avait eue lieu dans le monde magique, avec son lot toujours croissant de morts, et même si elle l'avait subi avec la mort de son frère, elle avait eu la chance de pouvoir fermer les yeux sur ce qu'il se passait. Gysella, même si toute sa famille faisait comme si les choses suivaient leur cours normal, avait dû garder les yeux ouverts et faire comme s'il n'y avait rien. 'Faire comme si', voilà qui était bien difficile, notamment devant la violence des faits. Les journaux avaient commencé à appeler ça le chaos, et ils n'avaient pas eu tort. C'était bien une révolution qui se produisait actuellement. Le patriarche des Montchrestien avait eu la présence d'esprit relative de protéger sa famille, et avant tout sa situation, en se ralliant aux Llewers. Il avait flairé leur victoire future et la conjoncture actuelle semblait lui donner raison. Gysella faisait donc maintenant partie d'une famille éminemment importante et dangereuse. Son père avait retourné sa veste, et elle était certaine qu'il n'était pas le premier Montchrestien à porter sa redingote sur l'envers.


    « Poudlard ? »

    Elle posa sa tasse de thé sur la table et prit une profonde inspiration. Son regard coula vers la fenêtre et le paysage londonien – elle quittait toujours du regard son interlocuteur quand elle avait quelque chose de délicat à dire. Poudlard. Les meilleurs moments de la vie de Gysella s'étaient déroulée dans cette école mythique où elle s'était fait une place sans son père. Là-bas, elle n'était soumise à aucune autre autorité que la sienne. Elle avait fait en sorte d'être aimée des professeurs, des directeurs, elle avait conquis sa popularité au sein de la maison la plus impitoyable qui soit – Serpentard – et elle bénéficiait là-bas d'un certain pouvoir. Beaucoup ne l'aimaient pas, comme Jewel ou Adam par exemple, certains la craignaient, mais la majorité l'admiraient. En effet, sous son uniforme, Gysella arborait tous les signes extérieures de la perfection. Note excellente, allure altière, favorite des professeurs, ses cheveux toujours coiffés dans des boucles harmonieuses et disciplinées, rien ne dépassait jamais chez elle si ce n'était son accomplissement dans tous les domaines.

    « Poudlard... » reprit-elle en posant un regard désolé sur Polie. « Poudlard a été détruite et ne sera visiblement pas reconstruite. »

    Elle tendit la main pour la poser sur celle de Polie dans un geste réconfortant. Les Llewers tenaient leur victoire en ayant détruit l'école de magie la plus influente du Royaume-Uni. Poudlard était comme une institution qui maintenait l'ancien système vivace en faisant transiter à travers elle la quasi-totalité des sorciers britanniques. En ayant mis à bas cette structure quasiment aussi importante que le Ministère de la Magie, les Llewers étaient certains de pouvoir imposer leurs méthode et leur idéologie avec une facilité déconcertante.

    « Mais il y a une rumeur que j'ai apprise par mon père. » En effet, il travaillait au Ministère, et il avait obtenu une promotion des plus importantes en s'étant rallié aux Llewers. Grâce à cela, il était maintenant au courant d'informations tenues jusque là secrètes de la famille. « Il paraît que les soeurs Harada ont le projet de construire une nouvelle école dont elles seraient les directrices. » Elle esquissa un sourire rassurant et serra la main de Polie dans la sienne. « Je ne doute pas que ce sera extraordinaire. »
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MessageSujet: Re: Sincérité. Polie. Gysella.   Ven 9 Mai - 14:51

Il était bien évident que l'académie allait être reconstruite. A aucun moment de son deuil, P n'aurait pu penser le contraire. C'aurait été stupide, d'ailleurs, puisque le contraire était impossible. Du moins c'est ce qu'elle tenta de se dire quand elle vit que G ne répondait pas immédiatement à sa question. Venaient trois hypothèses : soit elle n'était pas au courant et cherchait à masquer cela, soit elle était au courant mais ses parents lui avaient demandé d'éviter d'en parler, soit elle était au courant et cherchait à formuler cela avec le plus de tact possible. P ne cilla pas, bien que les battements de son coeur se soient brusquement accéléré. Impossible, se disait-elle, sans même faire un seul mouvement. Impassible, se disait-elle, en scrutant le visage de G. Des images du château lui revinrent à l'esprit : les banquets d'accueil, en septembre, les fêtes d'Halloween et de Noël, les examens de fin d'année, les cours de potions et de métamorphoses, les dortoirs, la salle commune, les cuisines, les jardins, le lac, le hall, les escaliers, les tableaux, les sculptures, les armures, les sous-sols, les tapisseries, les passages secrets. Et ainsi de suite. Tout lui venait en tête car tout cela, formait, pour elle, Poudlard. Pourquoi tenait-elle tant à cette école ? Pas seulement parce que c'était une Serdaigle. Bien évidemment, le fait qu'elle soit dans cette maison montrait son attachement aux études et sa curiosité intellectuelle, mais au-delà de ça, il y avait aussi le plaisir qu'elle avait à être là-bas, dans un milieu connu, avec des amis, des ennemis, un lieu où aller et du temps libre pour souffler. Poudlard, c'était une ville miniature, qui se suffisait à elle-même et dans laquelle on ne manquait jamais de rien. Poudlard, c'était un tout, une forteresse, une maison, un foyer, un lieu qui jamais, dans l'esprit de P, n'aurait dû être détruit. Si on en venait à la troisième hyptohèse et que vraiment personne ne souhaite reconstruire l'académie - non, c'était une absurdité. Impossible, se disait-elle, en scrutant le visage de G. Impassible, se disait-elle, sans même faire un seul mouvement.

G - Poudlard (x3) a été détruit et ne sera visiblement pas reconstruit.

Un sourire apparut aussitôt sur les lèvres de P, les étirant largement comme sous l'effet d'une bonne plaisanterie. Mais, en contrepartie, ses yeux brillaient avec une telle force que le contraste en était saisissant. Elle n'avait pas besoin de serrer les dents : tout son corps se contractait déjà pour éviter ces larmes qui tendaient aux bouts de ses cils. Poudlard. Ce que venait de lui annoncer G, basiquement, c'était que le lieu où elle avait tous ses repères, le seul lieu où elle avait connu amour et affection, plaisir et chagrin, souvenirs et amitiés, n'existait plus. Et cette situation était définitive. Quelque chose dans sa gorge l'empêcha de répondre mais à force d'inspirer et d'expirer elle parvint à ne laisser échapper aucune larme. Pas d'hypocrisie, certes, mais elle n'était pas un pantin pleureur, une fontaine pathétique : elle était quelqu'un capable de se maîtriser, et cela depuis sa naissance. Aussi reprit-il peu à peu contrôle de son corps, de ses yeux, de ses larmes, de ses émotions, et même de son sourire, qui s'évanouit peu à peu. La main de G sur la sienne lui fit d'abord l'effet d'un électrifiant violent puis celui d'un contact doux et amical, terriblement réconfortant. Elle récupéra complètement contenance et put accueillir avec un peu plus de calme la suite.

G - Mais il y a une rumeur que j'ai apprise par mon père. Il paraît que les soeurs Harada ont le projet de construire une nouvelle école dont elles seraient les directrices. Je ne doute pas que ce sera extraordinaire.

P prit le temps de réfléchir à ce que venait d'ajouter son amie, sans dire un mot. Elle avait commencé par dire qu'il y avait une rumeur et qu'elle l'avait apprise grâce à son père - cela voulait dire que son père était lié à un groupe puissant, et P n'eut qu'à réfléchir quelques fractions de seconde de plus pour en déduire qu'il s'était allié aux Llewers. Un étrange goût vint dans sa bouche, considérant le retournement de veste que certains appelleraient une trahison, mais elle resta parfaitement impassible. Elle considéra ensuite la création d'une nouvelle école dont les directrices seraient les soeurs Harada, et fit rapidement le pour et le contre dans son esprit avant de laisser échapper un soupir de soulagement.

P - Je suppose que le changement de direction va entraîner de multiples conséquences, peut-être pas toujours à mon goût, mais l'ouverture d'une nouvelle école ne peut que me réjouir, d'autant plus qu'elles ont la réputation d'être extrêmement compétentes.

C'était au cours d'une des discussions politiques qu'elle avait parfois avec son père que P avait appris cela : les soeurs Harada étaient suffisamment déterminées et douées dans l'art de la manipulation pour arriver où elles le souhaitaient et faire les choses à leur manière. Cela impliquerait certainement quelques désavantages mais dans l'ensemble, c'était plutôt positif. Il y eut encore un silence de quelques secondes, pendant lequel P réfléchit à tout ce que cela impliquait. Puis, elle eut parut agacée et se leva. Se dirigeant vers sa table de nuit, elle pressionna de nouveau la sonnerie. Quelques instants d'attente et puis H apparut.

P - Tu peux entrer. J'aimerais les journaux de l'ensemble de la semaine.
H - Mais, Mademoiselle -
P - Excuse-moi, je me suis mal exprimée. Je veux les journaux de l'ensemble de la semaine.

H ouvrit la bouche puis la referma, acquiesçant d'un signe de tête et sortant, les mains se frottant l'une contre l'autre en tentant de trouver un moyen d'obtenir ces journaux. Peu importait à P que l'entreprise soit difficile : si elle voulait reprendre une vie à peu près correcte, il faudrait déjà qu'elle puisse être au courant de ce qu'il se passait. Il y eut un long silence pendant lequel P resta près de la table de nuit, debout, les pensées vagabondant apparemment très loin de cette chambre, puis elle revint s'asseoir, sans que le mince sourire planant sur ses lèvres ne paraisse déplacé.

P - Et dis-moi, sais-tu quand est-ce que cette école devrait ouvrir ? Je suppose que septembre 2007 est trop proche, et, si c'est le cas, cela signifie-t-il que nous avons un an de vacances devant nous ?

Vacances était un euphémisme. Pour la majorité des personnes, en ce sombre mois de mai 2007, cet année n'allait pas être un an de vacances. C'allait être un an de deuil.
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